Un des premiers examens que je vis au service d’hémato est donc un myélogramme, une ponction de moelle osseuse au niveau de la poitrine. Comme tu peux l’imaginer, il faut aller un peu profond vu que ça passe dans les os.
Difficulté : je suis en rade de plaquettes, d’hémoglobine et donc de coagulation, comme tu le sais. Ce n’est donc pas vraiment le moment d’avoir une plaie profonde… Mais comme l’être humain est ingénieux, il trouve toujours des solutions.
En l’état, il s’agit de comprimer la plaie pour qu’elle ne fasse pas la fontaine. Une fois le myélogramme effectué, j’ai bien sûr un (gros) pansement de plusieurs couches (avec, si j’ai bien compris, plusieurs composantes pour travailler la coagulation dans ledit pansement). Mais aussi, je dois rester couchée avec… un sac de sable sur la poitrine 😳 et je ne te parle pas d’une image, je te parle vraiment d’un sac de sable 😅
Bon alors je te vois venir, je suis sûre que tu m’imagines déjà avec un sac de chantier de 50kg sur la tronche, mais je ne veux pas exagérer non plus, il est bien plus petit que ça. Plus ou moins la taille d’une brique (de mémoire) et avec son petit pesant de cacahuète en termes de poids quand même. Logique, vu que son taf c’est de comprimer. Vue mes taux, l’idée c’est de rester une heure comme ça. Ce que je trouve génial, c’est la simplicité de certaines choses comme ça au milieu d’autres machines toutes sophistiquées.
Au delà de ces faits, ce qui a est étrange dans cette situation, c’est, comme souvent dans cette aventure, la temporalité. En termes de vécu, ça donne plus ou moins ça : après une petite demi-heure plutôt posée à répondre à des questions pour remplir des papiers, je rentre dans la chambre et je me retrouve catapultée dans un tourbillon. Quasiment à peine le pied posé, le doc passe et m’informe qu’on va me faire une myélotruc. Un quoi ? J’ai déjà entendu ce mot, et il n’est pas synonyme de truc cool. Mon esprit s’emballe un coup et me dit « ça pue, ça pue » !
Mais, hop, hop, hop, on y va, pas vraiment le temps de penser en fait. Grosso modo j’ai la présence d’esprit de lui demander si JeanPhi doit venir encore ce soir, s’il doit amener des affaires ? J’ai raconté ça un peu plus précisément dans ce fun fact. Quand le doc dit, oui des affaires, oui plus d’un jour, a priori pour un mois, enfin commençons par une semaine = mon emballement psychologique passe la deuxième du coup. Et le coup de fil, c’est pour après, pas la priorité.
Sans plus attendre, installation sur le lit, anesthésie locale, myélogramme. Attention, on m’a bien tout expliqué, je n’ai jamais été en incompréhension de ce qui se passait. C’est juste que ça a été terriblement rapide, et qu’en plus j’étais occupée à essayer de ne pas perdre mon cerveau qui semblait vouloir partir en PLS en se disant que ça craignait grave cet examen, qu’on lui donnait plein d’infos (sur le myélogramme) et qu’il n’arrivait pas à gérer la totalité des infos / ressentis. Le tout entouré de personnes que je ne connais ni d’Eve, ni d’Adam.
Et ce qui est étrange avec le sac de sable, c’est qu’une fois installé, eh bien c’est à nouveau le calme plat. L’examen est passé, il n’y a plus rien à faire qu’attendre que ça coagule pendant que le myélogramme part sous le microscope pour être examiné. Je suis de nouveau seule dans cette chambre que je n’ai pas vraiment eu le temps de voir.
Assez bizarrement, je n’ai pas un mauvais souvenir de cette heure. Même si ce n’est pas super agréable, c’est quand même rassurant ce poids. Comme si ça m’ancrait dans le lit. Je rassemble mes morceaux de cerveau, je calme mes parties excitées du bulbe en leur disant que stresser ne sert à rien. J’appelle JeanPhi. Je réfléchis aux affaires que je souhaite qu’il m’apporte, ça occupe les excitées en les empêchant de tourner en rond.
Après mon heure ensablée, je ne me souviens plus trop. J’ai forcément mangé le repas à un moment. Vers 20h30 le doc est venu avec le diagnostic. Après, j’ai dû repartir sous mon sac, parce que ça n’avait pas assez coagulé et que ça transperçait le pansement. Et encore après, j’ai dormi… Direction le premier weekend au pays de la LAMP 😉