En ce mercredi, me voilà dans les starting blocs pour déménager ! Enfin je dis ça, mais en fait je n’ai aucune idée de la temporalité de la journée 🤣 je sais juste que c’est pour aujourd’hui. Du coup je prends le parti de commencer la journée « comme d’habitude » : petit-déjeuner puis toilette. N’ayant plus d’habits propres (ils étaient tous repartis la veille pour être nettoyés), j’ai prévu d’ouvrir un précieux paquet de linge déjà préparé pour la chambre protégée… En ayant bien conscience que je vais devoir les changer dans la journée. Une grande pensée pour mes lessiveuses qui ont pris tellement de soins pour constituer ces packs.
Et là, c’est le genre de moment où on se dit « si j’avais su… » 🤦🏽♀️ A peine sortie de ma toilette, habillée de neuve depuis pas 5 minutes, l’infirmier arrive pour me dire que je vais déménager, là maintenant… Et que je vais commencer par une douche ! Si j’avais su, j’aurai attendu, je ne me serai pas lavée et j’aurai gardé mes habits de la veille…
ZE douche
Bon, certes, je suis dépitée d’avoir ouvert un pack de linge « pour rien »… Mais je peux te dire qu’en fait la seule chose qui compte là dedans, c’est le mot « douche ». Je recontextualise rapidement : ma dernière douche date de jeudi 13 (il y a 6 jours) et je sais que la prochaine sera à la sortie du secteur protégé (soit plus ou moins dans 30 jours quand même). L’infirmier a littéralement illuminé ma journée en me disant cela, et moi je lui ai dit au moins 5 fois qu’il l’avait fait 🤣 Comme quoi, les petites choses de la vie…
Pour pouvoir faire cette fameuse douche, on me « physiotte » ma perfusion (= on la débranche, histoire que je n’ai pas besoin d’aller me doucher avec une potence). J’apprends au passage que « physiotter » (qui ne semble pas exister en français officiel) vient tout simplement du sérum phy(siologique) qui est utilisé pour cette opération. Pour celleux à qui ça ne parlerait pas, le sérum phy c’est ce qu’on utilise notamment pour moucher les bébés, ou pour s’enlever une poussière dans l’œil. Ça sert aussi à nettoyer les plaies, dixit les infirmières, au cas où.
Complètement libre de mes mouvements, je vais donc faire cette fameuse douche. Je te jure, j’ai fait de la pleine conscience de lavage 😁 J’ai très envie de te raconter cette épisode et je le fais dans cet article.
Découverte du nouveau monde
Une fois douchée, il y a tout le protocole qui commence : je mets une charlotte, un masque (forcément), deux paires de sur-chaussures sur les pieds… J’en enlève une en passant (littéralement) la porte battante qui amène au secteur stérile (avant la porte = deux paires de sur-chaussure / après la porte = plus qu’une seule). Avec exercice de contorsion pour enlever sur un pied, le passer par la porte, être en déséquilibre, enlever sur l’autre pied, ne pas tomber… bref, heureusement que j’ai de l’aide. Bon vu que je suis euphorique de ma douche, en vrai tout me va, même ce qui me parait quelque peu capillotracté.
Je suis ensuite emmenée dans « MA » chambre. Celle d’où j’écris maintenant, ma nouvelle maison pour le mois à venir. Elle est composé de deux pièces : la partie chambre et une partie salle de bain, avec WC et lavabo. Comme je disais précédemment (je crois), ce n’est pas une chambre stérile, c’est une chambre protégée. Le niveau en dessous, en quelque sorte. Mais pas de rigolade pour autant !
Le but de cette chambre est de me protéger de 4 éléments principaux (enfin des microbes et autres bactéries amenés par) :
- l’air
- l’eau
- les gens
- les objets
L’air : imagine un couloir, une porte en verre transparent qui donne sur un sas de quelques mètres carrés. Ce sas est en sur-pression par rapport au couloir = l’air du couloir ne peut pas rentrer dans le sas.
Quand on est dans ce sas, il ne faut pas ouvrir la porte qui donne sur la chambre avant d’avoir fermé la porte du couloir, pour ne pas faire d’appel d’air justement. La chambre elle-même est en sur-pression par rapport au sas. En bref, une double protection pour que rien ne puisse entrer par voie d’air de l’extérieur. Moi, je n’ai pas le droit d’aller dans le sas, je dois rester dans la chambre.
Il y a bien sûr un bruit important de ventilation, puisque l’air est constamment filtré à l’intérieur même de la chambre.
L’eau : à ce niveau-là, pas grand chose de particulier, si ce n’est une espèce de sur-pommeau sur le robinet qui filtre l’eau qui en sort, que bien sûr je n’ai pas le droit de boire. Je crois me souvenir qu’il y a un premier filtre global à l’entrée du secteur stérile, mais je ne suis pas sûre de moi.
Les gens : on passe ici dans une spécificité des installations mulhousiennes, en tous cas par rapport au reste de l’Alsace. Pour me protéger des gens, je n’ai pas une bâche en plastique ou une barrière physique. Non, j’ai un filtre d’air transparent, aérien, complètement invisible et presque conceptuel j’ai envie de dire. Il se situe pile au-dessus du lit (qui est au centre de la pièce). Quand quelqu’un vient dans la chambre, si je suis sous ce dôme d’air, je suis comme derrière un rempart qui empêche les microbes de passer jusqu’à moi… Y a un petit côté magie. Bon, comme ce n’est pas drôle, je dois quand même mettre mon masque lorsque quelqu’un·e vient.
Les objets, dont j’ai commencé à parler. Toutes les surfaces et tous les objets sont minutieusement nettoyés (=javellisés) tous les jours… un vrai travail de fourmi ! Le détails de tout cela se trouve dans cet article si jamais ça ne t’évoque rien.
Et comme une vidéo vaut mieux que mille mots, voilà un aperçu rapide de ma demeure 😁 :
Dans cette vidéo je suis sur le lit, mais pas d’inquiétude, lorsque je suis seule dans la pièce je peux bouger comme je veux ! Après il y a toute une série de chose que je n’ai plus le droit de faire, mais je garde ça pour cet article, histoire de te faire rire et que tu relativise ta vie de confort moderne…
Comme je l’évoquais rapidement à la fin de cet article, ce qui me manque le plus ici c’est le paysage et la lumière. Voilà quelques photos pour te montrer à quoi ressemble ce que je vois par la fenêtre 😅

Ce qui est un peu chiant, c’est que la fenêtre possède des lamelles (posées dans le double vitrage et qu’on ne peut pas remonter), initialement la seule protection contre les regards extérieurs. Mais un filtre sans tain a été posé ensuite sur la fenêtre, qui fait que je vois dehors mais qu’on ne me voit pas… Sauf que ça assombrit toute la fenêtre aussi. Les journées sans soleil, je dois allumer la lumière dès le matin 😒💡
Et quelques photos pour te donner une vue d’ensemble :
Le reste de la journée
Quand j’arrive dans la chambre, encore sur mon nuage de douche (ouais, une vrai droguée, je sais), on me donne tous les protocoles, mais en vrai je vais avoir besoin d’un peu de temps pour les assimiler tous (=plusieurs jours) 😅 On m’en avait déjà parlé de certains, mais bizarrement pas de comment allait se passer mes passages aux WC… Bon, ce détail là je l’ai mis dans cet article des trucs un peu dégueu, parce que c’est le genre de moment où tu déchantes grave d’être là… 😜 trop violent après mon shoot de bonheur douchale !
Sinon le reste de cette journée passe relativement vite, on commence par me refaire mon pansement pour le raccorder à ma nouvelle potence, qui est en fait un petit chariot (pratique pour poser des trucs à emmener, moins pratique à manœuvrer dans la pièce). Puis je mange, je continue dans l’après-midi mes coups de fil pour informer mes proches (ça durera encore la fin de la semaine, je ne vais pas forcément te le redire à chaque fois)…
Je reçois ma deuxième dose d’arsenic et je rencontre mon nouveau scope, qui s’avère être encore pire que celui de la veille. Son problème à lui ? Le brassard pour prendre la tension est trop petit pour mon tour de bras… Ce qui me vaut de bonnes prises de tête ce jour là et les suivants à cause de lui, mais cet article est déjà bien long alors je vais plutôt raconter cela dans ce fun fact (mieux vaut en rire qu’en pleurer, hein).
On pourrait imaginer qu’il y ait plusieurs brassards dans un scope, sauf que celui-ci a été emprunté dans un autre service car elles n’en n’ont qu’un dans le secteur arrière (malgré des demandes régulière d’en avoir plus – no comment) et qu’il est déjà utilisé par mon voisin… J’ai la grande joie d’être scopée de 16h à 21h ce jour-là. Autant te dire qu’à la fin, je n’en peux plus.
Et je me couche relativement tôt, assez vidée par toutes ces émotions ! Avant de m’endormir, je remarque avec grande satisfaction que le matelas de mon lit est plus confortable que celui d’avant… Tant mieux ! 😁










1 réponse
Merci pour le scoop du scope! Je suis (presque) morte de rire! Art de transformer les maux en mots pleins d’humour, don rare. Continue de remonter…dans les sondages(?). Mouai, c’est mauvais…tout le monde n’a pas ton talent ! Gros bisous en attendant d’autres bonnes nouvelles!
Andrée